La Seigneurie, Centre de généalogie et d’histoire de Hawkesbury

L’extrémité est du comté de Prescott peut se targuer d’avoir été le berceau de la francophonie ontarienne. Lors de leurs explorations, Champlain et ses hommes, dont certains de nos ancêtres, ont longé la rive ontarienne de la rivière des Outaouais. D’ailleurs, le long du «grand sault», une série de rapides qui s’étirent sur plusieurs kilomètres, les force à faire un long portage en terre ontarienne. La toute première carte dessinée par Champlain qui mentionne le toponyme Montréal datant de 1612, indique d’ailleurs très clairement la région. On y voit aussi la fameuse Pointe à L’Orignac, aujourd’hui connue sous le nom de L’Orignal, qui fut le chef-lieu de la toute première seigneurie à être concédée hors Québec.

La seigneurie de L’Orignal est concédée par la Compagnie des Indes occidentales le 27 novembre 1674 à François Prévost, un compagnon de Frontenac. Cependant, cet homme influent a alors d’autres préoccupations que sa lointaine seigneurie, notamment la défense de Québec lors de l’attaque de Phipps et l’administration du gouvernement de Trois-Rivières. À sa mort, Prévost lègue sa seigneurie à sa veuve Geneviève Macard, qui décède en 1724, sans progéniture. La seigneurie passe alors aux mains d’une nièce, Anne Bécart de Grandville qui épouse le seigneur de Soulanges. Leur fille Marie-Geneviève hérite donc de la seigneurie de L’Orignal par sa mère et de celle de Soulanges par son père. Cette dernière épouse en 1728 Paul-Joseph Lemoyne, chevalier de Longueuil qui tente, en vain, de vendre la seigneurie en 1769. Au décès de Paul-Joseph en 1778, la seigneurie passe aux mains de son fils, Joseph-Dominique-Emmanuel qui, lui aussi, tente de s’en départir mais ne trouve pas preneur. En 1791, l’Acte Constitutionnel répartit les terres entre le Haut et le Bas-Canada ; la seigneurie de L’Orignal est dorénavant territoire haut-canadien et bientôt les lois françaises n’y sont plus reconnues. Cette dernière n’est plus qu’un souvenir de notre passé collectif et Jean-Roch Vachon s’en inspire pour nommer notre société « La Seigneurie ».

Jean-Roch VachonAprès trente-six ans consacrés à la jeunesse de la région de Hawkesbury, Jean-Roch Vachon prend sa retraite de l’enseignement en juin 1982. Au cours de la même année, il est élu au conseil d’administration de l’Hôpital Général de Hawkesbury où il continuera de se dévouer jusqu’en 1988. Dès sa retraite comme directeur-adjoint à l’École secondaire régionale de Hawkesbury, un an après la fondation de la Société Franco-Ontarienne d’Histoire et de Généalogie, il promet aux organisateurs des fêtes du centenaire de Sainte-Anne-de-Prescott, sa paroisse natale, sa collaboration pour la réalisation du livre-souvenir. Son intention avouée est d’y inclure beaucoup de généalogies.

Il existe, à cette époque, très peu de répertoires de baptêmes, mariages, décès et sépultures dans les lieux publics permettant aux chercheurs une cueillette de données relativement rapide. Telles sont les circonstances dans lesquelles notre pionnier entreprend son long périple: de paroisse en paroisse, d’une connaisssance à l’autre, il recueille peu à peu ses précieuses informations. L’expérience s’avère très ardue. Son prochain défi voit le jour: mettre sur pied, dans la communauté, un centre où seront accessibles le plus de renseignements possibles à quiconque voudra découvrir ses ancêtres ou dresser l’histoire de sa famille.

Joffre Sigouin, collègue et ami de longue date de Jean-Roch Vachon, est membre-fondateur de la Régionale d’Ottawa-Carleton. Jean-Roch accumule les informations et multiplie les contacts. À la fin de l’été 1984, avec mesdames Thérésienne Geneau Roy et Marielle Lalonde D’Amour, il rencontre au bureau de J-Maurice Berthiaume à Hawkesbury, Mme Louise Décarie Marier, deuxième présidente provinciale. M. Lucien Berniquez, maire de Hawkesbury, M. André Paquette, président directeur-général de l’hebdomadaire Le Carillon, M. Fernand Gauthier, Mme Thérèse Legault, directrice de la bibliothèque, M. Yves Saint-Denis participent également à cette rencontre. Mme Décarie Marier explique la procédure de mise sur pied d’une nouvelle régionale. Quinze lettres précisant pourquoi une nouvelle régionale devrait être ouverte à Hawkesbury doivent être envoyées au bureau provincial. Tous font preuve de très bonnes intentions. Quelques semaines plus tard, rien. Jean-Roch voit loin : il ne faut surtout pas rater cette occasion. L’échéancier sera respecté, les quinze lettres parviennent à la Société provinciale dans les délais prescrits. À l’automne 1984, Mme Décarie Marier confirme l’acceptation conditionnelle de la régionale qui deviendra La Seigneurie.

Jean-Roch Vachon avait toujours espéré, depuis qu’il nourrissait l’idée d’un centre de généalogie, un mariage qu’il souhaitait indissoluble entre la Bibliothèque publique de Hawkesbury et la nouvelle régionale. La condition imposée par la société provinciale raffermissait l’idée initiale de M. Vachon : la nouvelle régionale devait s’offrir un local sans frais. Grâce à l’appui de M. Berniquez et à la collaboration de Mme Jacqueline Lafrenière, alors directrice de la prématernelle, qui accepte de céder une petite salle à la généalogie, la nouvelle régionale répond à toutes les conditions de la provinciale. Avec l’aide d’un employé de la municipalité, M. Robert Lacelle, Jean-Roch Vachon a transporté le lot de livres de base offert par la provinciale à une nouvelle régionale. Une subvention de $500.00 de la provinciale a permis de rencontrer les frais d’ouverture. Le nouveau-né verra le jour le 5 décembre 1984. Outre Messieurs Vachon, président-fondateur et Maurice Berthiaume, vice-président, Mme Cécile Leroux, secrétaire, Thérèse Legault, trésorière, Thérésienne Geneau Roy, Marielle Lalonde, Jacqueline Lafrenière et Raymonde Berniquez, le Père Viateur Martineau, csv, et M. Romain Joly constituaient le premier conseil d’administration. De vingt-deux membres en règle au moment de sa fondation, ce nombre se multipliera par cinq avant la fin de l’année. Au printemps 1985, le rêve devient réalité : la Bibliothèque accueille un nouveau partenaire, La Seigneurie, qui en 1991 comptait 465 membres actifs, dont 225 nouveaux membres.

Au fil des ans, Jean-Roch Vachon, l’administrateur, a su acquérir avec beaucoup de perspicacité les documents essentiels d’une valeur de 60,000 $ à tout centre qui se respecte et l’ameublement nécessaire à son bon fonctionnement.

Jean-Roch Vachon, l’éducateur, a su accueillir des élèves à partir de la quatrième année et partager avec eux son grand intérêt. Il a su également communiquer son feu à plusieurs enseignants de Prescott-Russell.

Jean-Roch Vachon, le leader et l’ami, a su transmettre sa passion a plus de 1600 membres ; Jean-Roch Vachon, le généalogiste, a entrepris au printemps de 1985 la publication hebdomadaire dans Le Carillon de Hawkesbury d’abord, puis plus tard dans L’Étoile de Dorion, d’une généalogie en ligne directe avec l’étroite collaboration des membres et des hebdos.

La Seigneurie a souligné l’apport exceptionnel de M. Vachon lors de sa réunion annuelle de 1996 en le nommant membre à vie, en lui remettant une plaque commé-morative et un cadeau-souvenir.

Au fil des années, La Seigneurie a continué à améliorer ses services. De nombreux volumes se sont ajoutés à sa collection. Le PRDH sur DC et le KARDEX, ont été deux acquisitions très importantes pour les généalogistes qui ont fréquenté La Seigneurie. Voulant se maintenir à jour avec les nouvelles technologies, notre centre s’est doté de deux ordinateurs, afin de faciliter les recherches de ses membres sur internet. Grâce à la collaboration très appréciée de Monsieur Benoît Ferland, alors directeur de la bibliothèque, et des directions subséquentes, La Seigneurie a accès depuis plusieurs années à internet. Avec toutes ces innovations, de plus en plus de gens consultent notre centre afin d’y faire leurs recherches généalogiques.

Merci à Cécile Leroux, Marie-Paule Noël Houle, Lucie Sauvé et Yvon Léonard pour leur précieuse contribution à ce texte.